抹茶 Meilleurs Matcha
Faut-il s’alerter de la présence de métaux lourds dans le matcha ?
Le guide du Matcha

Faut-il s’alerter de la présence de métaux lourds dans le matcha ?

Mis à jour le 25 août 2026 38 min de lecture

Depuis l’enquête de Lead Safe Mama, tout le monde a peur de se retrouver avec un matcha toxique. Alors j’ai récupéré les analyses que les marques publient, surtout celles que je recommande, je les ai mises côte à côte, et je suis allée chercher ce que disent les agences sanitaires. Est-ce qu’on doit s’inquiéter des métaux lourds dans les matchas vendus en France ?

La réponse courte

Oui, le matcha contient des métaux lourds. Comme tous les végétaux cultivés en terre, et d’autant plus qu’on avale la feuille entière. Sur les huit références françaises dont on connaît les chiffres, les teneurs mesurées sont très basses : sept sur huit affichent un plomb inférieur ou égal à 0,10 mg/kg, quand une étude officielle britannique portant sur 62 thés relevait de 0,125 à 2,56 mg/kg.

Le vrai sujet est ailleurs. Sur les six métaux, un seul a une limite européenne applicable au thé, le mercure. Ni le plomb, ni le cadmium, ni l’arsenic, ni le nickel n’en ont. Et le métal le plus abondant dans le matcha, l’aluminium, n’est publié par personne.

  • 1 sur 6métaux ayant une limite européenne dans le thé, le mercure
  • 10 000 foisplus d’aluminium que de plomb dans un matcha moyen
  • 0 sur 8références publiant leur teneur en aluminium

Une précision, parce qu’elle est importante. Les trois marques citées dans cet article sont celles qui publient. Ce sont donc, par construction, les plus transparentes du marché. La grande majorité des marques ne publie rien du tout, et ça ne veut pas dire qu’elles sont dangereuses. Ça veut dire qu’on ne sait pas. Je ne voudrais pas que les seules qui jouent le jeu soient les seules qu’on puisse critiquer.

Tout de suite, le graphique

Les matchas qui ont fait peur, et les nôtres

Voilà les neuf matchas américains testés par Lead Safe Mama, ceux qui ont déclenché la panique, face aux huit références vendues en France dont on connaît les chiffres. Tout est ramené à la même unité, en milligrammes par kilo de poudre.

Comparaison des teneurs en plomb, cadmium et arsenic entre neuf matchas américains et huit matchas vendus en France

Une chose à comprendre avant de lire ce graphique. Ces huit références ne sont pas « le marché français ». Ce sont les marques que je recommande et qui acceptent de publier leurs analyses, donc les plus transparentes du marché, pas un échantillon représentatif. L’immense majorité des matchas vendus en France ne publie aucun chiffre et n’apparaît donc nulle part ici. Ça ne veut pas dire qu’ils sont mauvais, ça veut dire qu’on ne sait pas.

Sur le plomb, les deux marchés se ressemblent trait pour trait. Sur le cadmium et l’arsenic, l’échantillon américain a deux valeurs hautes qu’on ne retrouve nulle part côté français. Et si les chiffres américains impressionnent, c’est aussi une affaire d’unité : ils sont publiés en ppb, mille fois plus gros que les mg/kg. Le fameux « 153 » s’écrit aussi 0,153. Le détail produit par produit est plus bas.

Le comparatif

Les seuls chiffres publics du marché français

Trois marques publient leurs analyses : Anatae, Milia et Nōka. Ça fait huit références, plus une marque qui annonce sans chiffrer. Bonne nouvelle pour la comparaison, sept de ces huit analyses sortent du même laboratoire, Eurofins Lanagram. Toutes les valeurs sont en milligrammes par kilo de poudre sèche. En vert la plus basse de chaque colonne, en rouge la plus haute.

RéférencePlombCadmiumArsenicMercureNickelAluminium
Anatae CérémonieBio, Eurofins Lanagram, janvier 2025, récolte 20240,06 ± 0,020,012 ± 0,0040,01 ± 0,004< 0,0054,81 ± 1,44non publié
Anatae PremiumBio, Eurofins Lanagram, janvier 2025, récolte 20240,08 ± 0,020,026 ± 0,0080,01 ± 0,004< 0,0058,80 ± 2,64non publié
Anatae ClassiqueEurofins Lanagram, janvier 2025, récolte 20240,09 ± 0,030,010 ± 0,003< 0,01< 0,0055,14 ± 1,54non publié
Milia MatchaEurofins Dr. Specht, 21/04/2026, récolte 20250,0960,033< 0,10< 0,0057,1non publié
Nōka L’EnchanteurNon bio, Eurofins Lanagram, 29/06/20260,050,010< 0,01< 0,0052,59non publié
Nōka Le PrestigieuxBio, Eurofins Lanagram, 29/06/20260,100,0160,02< 0,0052,94non publié
Nōka L’AuthentiqueBio, Eurofins Lanagram, 29/06/20260,100,0200,01< 0,0053,18non publié
Nōka Le PâtissierNon bio, culinaire, Eurofins Lanagram, 29/06/20260,130,023< 0,01< 0,0054,49non publié
Matcha & CoAnnonce garantir l’absence de métaux lourdsAucun chiffre publié
Limite européenne applicable au théVérifiée au texte des règlementsaucuneaucuneaucune0,02 résidusaucuneaucune
Repères imprimés sur les bulletinsEmpruntés à d’autres catégories d’aliments≤ 1,5≤ 0,5≤ 0,1 eau potable≤ 0,1< 10 indicatifaucun

Anatae publie en plus le perchlorate, sous 0,01 mg/kg, et un dépistage pesticides où tout ressort sous le seuil de quantification ou juste au dessus pour l’AMPA, très loin du seuil. Nōka publie également ses pesticides, avec zéro détection sur trois produits sur quatre. Une réserve sur Anatae : ses bulletins datent de janvier 2025 sur la récolte 2024, ce sont les plus anciens du tableau. Relevé en août 2026.

Comparatif du plomb, du cadmium et du nickel dans huit matchas analysés par Anatae, Milia et Nōka
Chaque ligne a sa propre échelle, sinon les points se superposent tous près de zéro.

Six choses à savoir

  • 01

    Presque aucune limite européenne

    Le règlement 2023/915 ne fixe aucune teneur maximale en plomb, cadmium, arsenic ou nickel pour le thé. Le seul métal encadré est le mercure, à 0,02 mg/kg, et pas au titre des contaminants : au titre des résidus de pesticides.

  • 02

    Personne ne publie l’aluminium

    C’est le métal le plus présent dans le matcha, de très loin. Les seuls chiffres existants viennent de laboratoires publics allemands, pas des marques.

  • 03

    Le grade donne une tendance, pas un classement

    Anatae publie trois grades analysés le même jour par le même laboratoire. Le cérémonie, le plus cher, a bien le plomb et le nickel les plus bas. Mais le premium, au milieu de la gamme, affiche 2,2 fois plus de cadmium et 1,8 fois plus de nickel que lui.

  • 04

    Le nickel est le seul chiffre qui approche son repère

    8,80 mg/kg chez Anatae Premium, avec une incertitude de 2,64. La fourchette réelle monte donc à 11,4, au dessus du repère indicatif de 10 que le laboratoire imprime lui-même. Le cérémonie de la même marque est à 4,81.

  • 05

    Milia mesure trop grossièrement l’arsenic

    Son résultat est « inférieur à 0,10 » alors que le repère est justement de 0,1. Son analyse ne peut donc rien démontrer. Anatae mesure 0,01, Nōka descend sous 0,01.

  • 06

    Seul Anatae publie ses incertitudes

    Le nickel de son premium est donné à 8,80 plus ou moins 2,64. Sans cette information chez les autres, comparer le 7,1 de Milia à ce 8,80 n’a aucun sens, les deux fourchettes se chevauchent largement.

Un mot sur les seuils imprimés. Les repères qui figurent sur les bulletins sont réels, mais ils viennent d’autres catégories d’aliments : celui de l’arsenic est une valeur pour l’eau potable, celui du cadmium se rapproche de la limite des légumes feuilles, et pour le nickel le laboratoire écrit lui-même qu’aucune réglementation spécifique n’existe pour le thé. Plus curieux encore, le repère mercure imprimé est de 0,1 mg/kg alors que la limite européenne réellement applicable au thé est de 0,02, soit cinq fois plus stricte. Tout le monde passe très largement, puisque les huit références sont sous 0,005. Mais ça montre bien ce que valent ces repères : un ordre de grandeur, pas une conformité.

Tableau montrant que les trois marques publient cinq métaux mais aucune ne publie l'aluminium
La colonne vide

L’aluminium, le métal oublié

Le théier est ce qu’on appelle un accumulateur d’aluminium. Il en stocke dans ses feuilles à des niveaux sans commune mesure avec les autres métaux, et les sols volcaniques japonais en sont naturellement riches. Ce n’est pas une pollution, c’est de la botanique et de la géologie.

Comme aucune marque ne publie sa valeur, les seuls chiffres disponibles viennent de laboratoires publics allemands. En 2019, l’institut fédéral allemand d’évaluation des risques a mesuré 1 743, 1 775 et 2 350 mg/kg sur trois échantillons de matcha. En janvier 2026, le laboratoire officiel de Stuttgart a analysé neuf matchas et trouvé de 512 à 2 085 mg/kg, avec une moyenne de 1 112.

Compare avec le tableau plus haut : le plomb le plus élevé était de 0,13 mg/kg. On parle d’un métal environ dix mille fois plus concentré, et c’est le seul qui n’apparaît sur aucun bulletin.

  • 1 mg/kg de poids corporel par semaine, la dose hebdomadaire tolérable fixée par l’EFSA en 2008. Soit 60 mg pour un adulte de 60 kg.
  • 0,28 mg/kg de poids corporel par semaine, l’exposition moyenne des adultes français selon l’ANSES. 0,42 chez les enfants.
  • 11 % de cet aluminium alimentaire vient déjà du thé chez l’adulte français, avant même de parler de matcha.

Ce que ça donne dans ta tasse

Un bol classique, c’est 2 g de poudre. Au niveau moyen mesuré à Stuttgart, ça fait environ 2,2 mg d’aluminium par bol, soit 15,6 mg sur une semaine. Pour un adulte de 60 kg, tu passes donc de 0,28 à environ 0,54 mg/kg de poids corporel par semaine. Avec le matcha le plus chargé de l’échantillon, tu montes autour de 0,77.

Tu restes sous la dose tolérable. Mais un bol par jour double à peu près ton apport alimentaire en aluminium, et deux bols d’un matcha chargé te font franchir le repère. Donc oui, il y a un point de prudence pour les grosses consommatrices et pour les personnes fragiles. Et pourtant, aucun relevé n’est communiqué.

Nuance, et elle compte. Une étude parue en 2022 sur quatre cultivars de Camellia sinensis a calculé le risque sanitaire réel lié à l’aluminium du thé : les indices obtenus vont de 0,017 à 0,506, tous sous le seuil de préoccupation fixé à 1. La conclusion des auteurs est qu’il faudrait une consommation extrême pour poser un problème. Donc non, il ne s’agit pas de te faire peur. Il s’agit de dire qu’un chiffre aussi structurant devrait être sur les bulletins.

L'aluminium dans le matcha, de 512 à 2085 mg par kilo selon les laboratoires publics allemands

Le seul point où le grade a un intérêt

L’accumulation d’aluminium dépend fortement de l’âge de la feuille. Une étude de 2003 a mesuré 380 mg/kg dans les jeunes feuilles contre 6 866 mg/kg dans les feuilles matures de la même plante, un facteur 18. L’étude de 2022 retrouve le même sens, avec un aluminium qui grimpe nettement dès la troisième feuille.

Un matcha de grade cérémonie, récolté sur les jeunes pousses, devrait donc contenir moins d’aluminium qu’un culinaire fait de feuilles basses. C’est le seul argument sérieux en faveur des grades supérieurs sur le plan des métaux. Et voilà toute l’ironie de ce dossier : le seul métal qui est impacté par le grade est le seul que personne ne mesure.

L’ordre de grandeur

Ce qu’il y a dans un bol de 2 g

Les mg/kg parlent de la poudre. Ce que tu avales, c’est 2 g. Voilà la conversion, en microgrammes, à partir des valeurs minimales et maximales du tableau.

MétalDans un bol de 2 gRepère santé EFSA, adulte de 60 kgCe que le bol représente
Mercuremoins de 0,01 µg240 µg par semaine dose hebdomadaire tolérable, mercure inorganiquemoins de 0,1 %
Cadmium0,02 à 0,07 µg150 µg par semaine dose hebdomadaire tolérablemoins de 0,5 %
Plomb0,10 à 0,26 µg30 µg par jour point de repère, aucun seuil sûr n’existemoins de 1 %
Arsenicmoins de 0,02 à 0,04 µg3,6 µg par jour point de repère, arsenic inorganiqueenviron 1 %
Nickel5,2 à 17,6 µg780 µg par jour dose journalière tolérableenviron 2 %
AluminiumNon publié par les marques1 024 à 4 170 µg60 000 µg par semaine dose hebdomadaire tolérable26 à 49 %

Dernière colonne calculée pour un bol par jour, avec la valeur la plus haute mesurée pour chaque métal. Les repères viennent de l’EFSA. Deux précisions : pour le plomb et l’arsenic, aucun seuil sans risque n’a pu être établi, les chiffres donnés sont des points de repère toxicologiques et non des doses autorisées. Et les analyses mesurent l’arsenic total quand le repère porte sur l’arsenic inorganique, ce qui rend le calcul volontairement pessimiste.

Regarde la dernière colonne. Cinq métaux sur six pèsent moins de 2 % de ce que ton corps tolère, et pour trois d’entre eux on est sous le pour cent. C’est la vraie réponse à la question de départ, et elle est rassurante.

Puis il y a l’aluminium, entre un quart et la moitié du budget hebdomadaire à lui seul. C’est le seul chiffre de cet article qui compte vraiment. Et c’est le seul qu’aucune marque ne mesure.

Les six métaux dans un bol de matcha de 2 grammes, en microgrammes, l'aluminium écrase tous les autres

Ce que cette comparaison ne dit pas

  • Sept des huit analyses sortent du même laboratoire, Eurofins Lanagram, ce qui rend la comparaison plus solide que je ne l’espérais. Seule Milia passe par un autre laboratoire, avec des seuils de quantification différents. Sa colonne arsenic n’est pas comparable aux autres.
  • Les bulletins Anatae datent de janvier 2025 sur la récolte 2024. Ceux de Milia et Nōka sont de 2026. On ne compare donc pas exactement les mêmes années de récolte.
  • Chaque ligne est un lot analysé à une date donnée, pas une moyenne de production. Un autre lot donnerait d’autres chiffres.
  • Les récoltes diffèrent d’une marque à l’autre, et le sol change d’une parcelle à l’autre.
  • Une marque absente de ce tableau n’est pas une marque dangereuse. C’est une marque qui ne publie pas, ce qui est très différent, beaucoup plus courant, et vrai pour l’écrasante majorité du marché.
  • Les chiffres d’aluminium ne portent pas sur les marques du tableau. Ce sont des relevés allemands sur des échantillons anonymes, qui donnent un ordre de grandeur, pas un classement.

Pourquoi le matcha en contient plus qu’un thé infusé

Le théier est une plante absorbante, très sensible à son environnement. Il capte ce qui se trouve dans le sol, l’eau et l’air, et il le stocke dans ses feuilles.

La différence avec un thé classique tient en une phrase : on consomme la feuille entière. C’est confirmé par l’étude britannique citée plus haut, qui trouvait jusqu’à 2,56 mg/kg de plomb dans des feuilles sèches mais des teneurs très faibles, souvent sous le seuil de détection, dans la liqueur infusée. Avec le matcha, il n’y a pas de feuilles à jeter. Tu avales tout.

Les six métaux à connaître

Cinq sont analysés par les marques. Le sixième est celui dont personne ne parle et qui est pourtant le plus présent.

  • Cadmium

    Lié au sol agricole et à certains engrais. Toxique pour les reins, classé cancérogène avéré sur le long terme.

  • Plomb

    Souvent une pollution environnementale ou historique. Il s’accumule dans l’organisme et touche le système nerveux, surtout chez l’enfant et la femme enceinte.

  • Arsenic

    Naturellement présent dans certains sols et dans l’eau. Associé sur le long terme à des troubles cutanés, au diabète et à certains cancers.

  • Mercure

    Moins central dans le thé, mais présent dans toutes les analyses complètes. Toxique pour le système nerveux, en particulier chez le fœtus et le jeune enfant.

  • Nickel

    Aucune réglementation pour le thé. C’est le métal où les écarts entre marques sont les plus visibles, et important si tu es allergique au nickel.

  • Aluminium

    Le grand absent des analyses, et le plus abondant de tous. Environ mille fois les teneurs des autres métaux. Aucune marque française ne le publie.

Les métaux ne sont pas le seul sujet. Les pesticides comptent aussi, mais celui-là se règle beaucoup plus simplement en choisissant du bio.

Le détail que personne ne relève. La seule teneur maximale que le règlement contaminants fixe spécifiquement pour le thé ne concerne aucun métal : ce sont les alcaloïdes pyrrolizidiniques, des toxines produites par les mauvaises herbes récoltées avec les feuilles, plafonnées à 150 µg/kg. Aucune des marques du tableau ne publie ce résultat là non plus. Et si un matcha est vendu comme complément alimentaire et non comme thé, ce sont les limites des compléments qui s’appliquent, soit 3,0 mg/kg de plomb et 1,0 de cadmium, très loin au dessus de tout ce que tu as vu dans le tableau.

Le Japon a une vraie histoire avec les métaux lourds

Et c’est justement pour ça que sa surveillance agricole est aussi stricte aujourd’hui.

Le cas le plus connu est la maladie itai-itai, une intoxication au cadmium dans des zones contaminées par l’activité minière, surtout dans la préfecture de Toyama. Depuis, le cadmium est l’un des éléments les plus surveillés de l’agriculture japonaise.

Le mercure a laissé la maladie de Minamata, liée à des rejets industriels dans la baie du même nom, dans un contexte marin. Le plomb a lui aussi son histoire minière, avec la mine d’Ashio.

La bonne nouvelle, c’est que les grandes régions de thé, Uji, Kagoshima, Shizuoka, Nishio, ne sont pas associées à ces épisodes. Toyama est loin des zones de production.

En revanche, comme beaucoup de sols volcaniques japonais, Uji est naturellement riche en aluminium. Ce n’est pas un scandale de pollution, c’est de la géologie, combinée au fait que le théier accumule cet élément. C’est exactement pour ça que son absence des analyses publiées me gêne.

Beaucoup de producteurs japonais ont intégré des pratiques très contrôlées, avec de la traçabilité et des contrôles réguliers. Je pense à Marukyu Koyamaen ou Ippodo, qui documentent leurs sols. Mais toutes les parcelles ne se valent pas et le risque existe réellement pour les productions opaques.

L’enquête Lead Safe Mama

Le détail, produit par produit

Voici les neuf produits de l’enquête Lead Safe Mama d’avril 2025, un par un, convertis en mg/kg. Rappel sur les unités : un ppb vaut un millième de mg/kg, donc le « 153 » qui a terrifié tout le monde s’écrit aussi 0,153 mg/kg. Le même chiffre, écrit mille fois plus gros.

Matcha analysé par Lead Safe MamaPlombCadmiumArsenicMercure
Kachava SuperblendMélange en poudre, pas un matcha pur0,0230,0740,086< 0,005
Bryan Johnson Blueprint0,0550,0150,012< 0,005
EnchaBio, cérémonie0,0600,0180,018< 0,005
Pique Sun GoddessBio0,0720,0120,0200,005
Sencha OrganicVendu chez Costco0,0730,0130,0220,008
Matchaful KiwamiSuper cérémonie0,0730,0160,016< 0,005
Matcha.com SuperiorBio0,0820,0170,0240,006
DO OrganicCérémonie0,1160,0190,024< 0,005
Jade LeafBio, cérémonie0,1530,0790,0220,006
Les neuf produits américains0,023 à 0,1530,012 à 0,0790,012 à 0,086< 0,005 à 0,008
Les huit références françaisesLe tableau du haut de cet article0,05 à 0,130,010 à 0,033< 0,01 à 0,02< 0,005
Le pire résultat américain dans un bol de 2 gEn part du repère santé EFSA, un bol par jour1 %0,7 %4,8 %0,05 %

Valeurs converties des ppb publiés par Lead Safe Mama, mise à jour du 8 avril 2025. Leur tableau est classé par teneur en plomb croissante et l’organisation précise elle-même qu’il ne s’agit pas d’un classement. La dernière ligne applique les repères santé de l’EFSA détaillés plus haut au pire résultat de chaque colonne.

Ce que cette comparaison change

Sur le plomb, les Américains vont de 0,023 à 0,153, les références françaises publiées de 0,05 à 0,13. Ce sont les mêmes ordres de grandeur, avec des chevauchements partout. Les matchas qui ont fait scandale ne sont pas d’une autre nature que ceux qu’on boit ici.

Sur le cadmium et l’arsenic, en revanche, l’échantillon américain a deux valeurs hautes que je ne retrouve nulle part dans les analyses françaises. Le Jade Leaf sort à 0,079 de cadmium et le Kachava à 0,086 d’arsenic, soit plus du double du maximum français. Et le Kachava n’est pas un matcha pur, c’est un mélange en poudre, ce qui rappelle qu’un produit composé peut apporter des métaux venus d’ailleurs que du thé.

  • L’enquête porte sur neuf produits du marché américain. Pas sur le marché européen, et encore moins sur le marché français.
  • Trouver des traces n’était pas une surprise. Tous les végétaux cultivés en terre en contiennent. La vraie question a toujours été celle des quantités.
  • Le cadre de lecture est californien, avec une position de principe selon laquelle il n’existe aucun niveau sûr de plomb. C’est un choix défendable, mais il aboutit à présenter comme alarmant un chiffre qui, ici, passerait pour banal.
  • Le bio n’a rien changé là bas non plus. Sept des neuf produits testés sont bio, dont celui qui affiche le plomb le plus élevé.

Et si on ramène tout ça à une tasse, le produit américain le plus chargé en plomb apporte environ 1 % du point de repère toxicologique de l’EFSA par bol quotidien. Le plus chargé en arsenic, 4,8 %. On est loin, très loin, de ce que le mot « scandale » laissait imaginer.

Ce que cette enquête a vraiment changé, et c’est tant mieux, c’est que plusieurs marques se sont mises à publier leurs analyses. C’est ce qui rend le tableau du haut de cet article possible.

Comment lire une analyse sans se faire avoir

C’est la partie que personne ne t’explique, et c’est là que se cachent les vraies différences entre les marques.

Un « non détecté » ne veut rien dire tout seul

Chaque laboratoire a un seuil en dessous duquel il ne sait plus mesurer. Si ce seuil est élevé, « non détecté » ne prouve pas grand chose. Milia annonce un arsenic inférieur à 0,10, or le repère de référence est de 0,1. Son analyse ne sait donc pas distinguer un matcha très propre d’un matcha juste à la limite. Nōka descend sous 0,01, soit dix fois plus fin.

Comparaison des seuils de détection de l'arsenic entre Nōka, Anatae et Milia

Une valeur sans incertitude est une valeur incomplète

Anatae écrit un nickel à 8,80 plus ou moins 2,64. Ça veut dire que la vraie valeur se situe entre 6,2 et 11,4. C’est la marque d’un bulletin sérieux. Les autres donnent des chiffres nus, ce qui donne une fausse impression de précision et rend les classements au dixième près complètement bidons.

Une analyse porte sur un lot, pas sur une marque

Une ligne du tableau, c’est un sachet, analysé un jour donné. La récolte suivante, la parcelle voisine, l’année plus pluvieuse donneront autre chose. Ce qui compte n’est donc pas tellement le chiffre, c’est que la marque analyse régulièrement et qu’elle accepte de montrer.

Le grade ne dit rien des métaux, sauf pour l’aluminium

C’est la découverte de ce comparatif, et elle est nuancée. Anatae publie trois grades, cérémonie, premium et classique, analysés le même jour par le même laboratoire. Le cérémonie, le plus cher des trois, affiche bien le plomb le plus bas de la gamme, 0,06 contre 0,09 pour le classique, et le nickel le plus bas, 4,81 contre 5,14. Jusque là le grade tient sa promesse. Sauf que le premium, celui du milieu, sort à 0,026 de cadmium et 8,80 de nickel, soit plus que les deux autres. Chez Nōka, c’est le culinaire qui a le plomb le plus élevé, mais pas le nickel le plus élevé. Le grade donne donc une tendance sur le plomb, pas un classement fiable sur le reste. Et l’âge de la feuille, lui, joue de façon documentée sur l’aluminium.

Le bio ne dit rien des métaux

Le label encadre les pesticides et les intrants, pas la composition géologique du sol. La démonstration est dans la gamme Nōka elle-même : leur seul non bio de la gamme cérémonie affiche le plomb, le cadmium et le nickel les plus bas des quatre.

Les quatre matchas Nōka comparés sur le cadmium, le non bio affiche la valeur la plus basse

Comment choisir, concrètement

Le problème n’est pas le matcha. Ce sont les marques qui ne contrôlent pas, ou qui contrôlent sans rien montrer.

  • Demande l’analyse. Écris à la marque. Une marque sérieuse répond, et celles qui publient déjà t’évitent la démarche.
  • Regarde la date et le laboratoire. Un bulletin de 2024 sur une récolte 2023 ne dit rien de ce que tu achètes aujourd’hui. Un laboratoire accrédité et une date récente valent mieux qu’un beau PDF.
  • Vérifie que les incertitudes sont là. Un résultat écrit sans sa marge d’erreur est un résultat qu’on te présente plus précis qu’il ne l’est.
  • Vérifie l’origine réelle. Région indiquée, pas juste « Japon ». Pour les mêmes raisons, j’évite le matcha d’origine chinoise, où la traçabilité est souvent bien plus floue.
  • Ne compte pas sur le grade ni sur le bio pour te garantir moins de métaux. Les chiffres du tableau montrent que ni l’un ni l’autre ne prédit quoi que ce soit, l’aluminium mis à part.
  • Méfie-toi des prix trop bas. Un matcha bien trop peu cher par rapport au marché a rogné quelque part, et rarement sur le marketing.
FacteurRisque plus élevéRisque plus faible
OrigineOrigine floue, zone non documentée, sourcing opaqueJapon avec la région indiquée
TransparenceAucune donnée, aucune analyseAnalyses publiées ou envoyées sur demande
Qualité du bulletinChiffres nus, seuil de mesure élevé, date absenteIncertitudes affichées, laboratoire accrédité, date récente
PrixTrès bas prix, incohérent avec un vrai matchaPrix cohérent avec une culture contrôlée
FréquenceUne analyse unique, jamais renouveléeUne analyse par récolte

À retenir. Le bio est rassurant sur les pesticides. Il ne dit rien du cadmium ni de l’aluminium. Les deux questions sont différentes et demandent deux réponses différentes.

Vos questions

Le matcha est-il dangereux pour la santé ?

Pas au vu des chiffres publiés. Sur les huit références analysées, un bol de 2 g apporte entre 0,10 et 0,26 microgramme de plomb, soit des quantités infimes. Le risque concerne les matchas dont personne ne connaît la composition, pas ceux qui publient.

Existe-t-il une limite européenne pour les métaux lourds dans le thé ?

Une seule, pour le mercure. Le règlement (UE) 2023/915 sur les contaminants ne fixe aucune teneur maximale en plomb, cadmium, arsenic ou nickel pour le thé. Le mercure est encadré par une autre voie, celle des résidus de pesticides, à 0,02 mg/kg. La seule limite du règlement contaminants propre au thé concerne les alcaloïdes pyrrolizidiniques, à 150 µg/kg. Les autres seuils imprimés sur les bulletins d’analyse sont des repères empruntés à d’autres catégories d’aliments.

Quelle quantité de métaux avale-t-on vraiment avec un bol de matcha ?

Pour un adulte de 60 kg et un bol de 2 g par jour, en prenant à chaque fois la valeur la plus haute mesurée : moins de 1 % du point de repère de l’EFSA pour le plomb, moins de 0,5 % pour le cadmium, environ 1 % pour l’arsenic, environ 2 % pour le nickel et moins de 0,1 % pour le mercure. L’aluminium fait exception, entre 26 et 49 % de la dose hebdomadaire tolérable.

Combien d’aluminium y a-t-il dans le matcha ?

Aucune marque française ne le publie. Les seules mesures disponibles viennent de laboratoires publics allemands : 1 743 à 2 350 mg/kg sur trois échantillons en 2019, et 512 à 2 085 mg/kg sur neuf échantillons en janvier 2026, pour une moyenne de 1 112. Un bol de 2 g apporte donc environ 1 à 4 mg d’aluminium.

Le matcha bio contient-il moins de métaux lourds ?

Non. Le label bio encadre les pesticides et les intrants, pas la géologie du sol. Dans la gamme Nōka, le seul matcha non bio de la sélection cérémonie affiche les valeurs les plus basses des quatre.

Un matcha cérémonie est-il plus propre qu’un culinaire ?

Pas sur les métaux réglementés. Chez Anatae, le premium contient 2,6 fois plus de cadmium que le classique. La seule exception documentée est l’aluminium, qui augmente fortement avec l’âge de la feuille, et que personne ne mesure.

Pourquoi parle-t-on plus de métaux lourds pour le matcha que pour le thé vert ?

Parce qu’on consomme la feuille entière réduite en poudre. Une étude officielle britannique sur 62 thés a trouvé jusqu’à 2,56 mg/kg de plomb dans les feuilles sèches, mais des teneurs très faibles dans la liqueur infusée. Avec le matcha, il n’y a rien à jeter.

Que vaut l’enquête Lead Safe Mama ?

Elle a le mérite d’avoir posé la question publiquement. Ses résultats, convertis en mg/kg, donnent un plomb de 0,023 à 0,153, contre 0,05 à 0,13 pour les références françaises. Les mêmes ordres de grandeur. Elle porte sur neuf produits américains et raisonne dans un cadre californien selon lequel aucun niveau de plomb n’est sûr.

Les matchas français sont-ils plus propres que les américains ?

Sur le plomb, non, les deux marchés sont au même niveau : 0,05 à 0,13 mg/kg côté français, 0,023 à 0,153 côté américain. Sur le cadmium et l’arsenic, l’échantillon américain contient deux valeurs hautes qu’on ne retrouve pas en France, jusqu’à 0,079 de cadmium et 0,086 d’arsenic.

Pourquoi les chiffres américains paraissent-ils si élevés ?

Parce qu’ils sont publiés en ppb, des parties par milliard, alors que les laboratoires européens publient en mg/kg. Un ppb vaut un millième de mg/kg. Le « 153 ppb » de plomb qui a fait paniquer tout le monde s’écrit aussi 0,153 mg/kg.

Comment obtenir l’analyse d’une marque ?

En la demandant par mail. Anatae, Milia et Nōka publient déjà les leurs. Pour les autres, une marque qui refuse d’envoyer son bulletin te donne déjà une information.

Sources

Réglementation, agences sanitaires, laboratoires publics et littérature scientifique.

  1. Commission européenne, Règlement (UE) 2023/915 du 25 avril 2023 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires, annexe I. Le thé n’apparaît dans aucune des sections plomb, cadmium, mercure, arsenic ou nickel. Il n’y figure que pour les alcaloïdes pyrrolizidiniques, à 150 µg/kg. Texte consolidé.
  2. Commission européenne, Règlement (UE) 2018/73 modifiant les annexes II et III du règlement (CE) n° 396/2005 en ce qui concerne les limites maximales applicables aux résidus de composés du mercure. Thé, code 0610000 : 0,02 mg/kg, avec une note indiquant que ces résidus proviennent d’une contamination environnementale. Texte.
  3. EFSA, valeurs toxicologiques de référence utilisées dans le tableau des doses : cadmium, dose hebdomadaire tolérable de 2,5 µg/kg de poids corporel (2009, confirmée en 2011) ; mercure inorganique, 4 µg/kg par semaine (2012) ; nickel, dose journalière tolérable de 13 µg/kg (2020) ; plomb, point de repère BMDL01 de 0,50 µg/kg par jour (2010), sans seuil sûr ; arsenic inorganique, BMDL05 de 0,06 µg/kg par jour (2024), sans seuil sûr. Synthèse EFSA.
  4. EFSA, groupe scientifique AFC, Safety of aluminium from dietary intake, EFSA Journal 2008;6(7):754. Dose hebdomadaire tolérable de 1 mg par kilo de poids corporel. Avis.
  5. ANSES, Exposition alimentaire à l’aluminium, seconde étude de l’alimentation totale. Exposition moyenne de 0,28 mg/kg de poids corporel par semaine chez l’adulte et 0,42 chez l’enfant, le thé contribuant à 11 % de l’apport adulte. Synthèse.
  6. BfR, institut fédéral allemand d’évaluation des risques, avis n° 027/2019 du 25 juillet 2019, Hohe Aluminiumgehalte in einzelnen Matcha-Teeproben. Trois échantillons à 1 743, 1 775 et 2 350 mg/kg. Avis.
  7. CVUA Stuttgart, laboratoire officiel de contrôle du Bade-Wurtemberg, publication du 16 janvier 2026. Neuf matchas, aluminium de 512 à 2 085 mg/kg, moyenne 1 112 mg/kg. Rapport.
  8. Carr H.P., Lombi E., Küpper H., McGrath S.P., Wong M.H., Accumulation and distribution of aluminium and other elements in tea (Camellia sinensis) leaves, Agronomie, 2003, 23(8), 705 à 710. Jeunes feuilles à 380 mg/kg contre 6 866 mg/kg dans les feuilles matures.
  9. Yang H., Chen Y., Shido J.M. et al., Potential Health Risk of Aluminum in Four Camellia sinensis Cultivars and Its Content as a Function of Leaf Position, International Journal of Environmental Research and Public Health, 2022, 19(19), 11952. Indices de risque de 0,017 à 0,506, tous sous le seuil de préoccupation. Article.
  10. Food Standards Agency et Fera, Analyses of lead levels in tea, étude FS102115, 2015. Soixante deux thés, plomb de 0,125 à 2,56 mg/kg dans les feuilles sèches, teneurs très faibles dans la liqueur infusée. Rapport.
  11. Bulletins d’analyse publiés par les marques : Anatae (Eurofins Lanagram, janvier 2025, récolte 2024, trois références de matcha), Milia Matcha (Eurofins Dr. Specht, 21 avril 2026, récolte 2025), Nōka Matcha (Eurofins Lanagram, accrédité COFRAC, 29 juin 2026, quatre références).
  12. Lead Safe Mama, How much Lead and Mercury are in your Matcha ?, résultats de laboratoire indépendant sur neuf matchas du marché américain, mise à jour du 8 avril 2025. Valeurs publiées en ppb, converties en mg/kg dans cet article. Tableau.

Ce que je retiens

Les chiffres publiés sont rassurants, et je le dis d’autant plus volontiers que je ne vends rien. Ce qui m’interpelle, ce n’est pas ce qu’il y a dans le tableau, c’est qu’un seul de ces six métaux soit encadré par une limite européenne dans le thé, et que la colonne aluminium soit vide chez tout le monde.

Alors demande. Une marque qui analyse et qui montre te dit deux choses en même temps : ce qu’il y a dans sa poudre, et le sérieux avec lequel elle travaille.

Voir les matchas que je recommande
Lilie

Commentaires

Laisser un commentaire